Israel

Reouven Zemmour
Profile picture for user Reouven Zemmour
jeu 11/06/2026 - 22:18

Bonjour, je vie en Israel depuis un peu plus de 15 ans. J'ai endure de terrible souffrance. A tel point que j'ai perdu toute ma religiosite. Je ne vais plus a la synaguogue, je n'etudie plus, je ne fait plus Shabbat ni les fetes. Il mets meme arrive de manger non cacher, je ne fait plus les prieres. La seul chose que je fait, c'est de vivre en Israel. Et de m'y sentir mieux a present. Mais au niveau des mitzvotes c'est toujours 0. Alors ma question est simple. Suis je un racha ? Dans la mesure du possible, je vous demande de ne pas publier cette question. Toda

Nathaniel Zerbib
mar 23/06/2026 - 11:50

Chalom,

Je crois qu’avant même de répondre à votre question, il faut relever un élément qui ressort très fortement de votre message : vous ne décrivez pas une personne qui aurait quitté la pratique par indifférence ou par rejet de la Torah. Vous décrivez une personne qui a traversé de grandes souffrances et qui en a été profondément affectée.

La question de savoir si vous êtes un « racha » est donc peut-être moins simple qu’elle n’en a l’air.

Dans la littérature rabbinique, le terme racha ne désigne pas simplement quelqu’un qui ne pratique pas ou qui transgresse des mitsvot. La Torah et les Sages tiennent compte de la réalité humaine, des circonstances, des épreuves, de la connaissance et des capacités de chacun. Hachem est appelé דיין אמת, le Juge de vérité, précisément parce qu’Il juge chaque personne dans toute sa complexité et non à travers une simple liste d’actes.

Par ailleurs, le simple fait que cette question vous préoccupe est déjà significatif. Beaucoup de personnes qui ont complètement tourné le dos à la Torah ne se demandent plus quelle est leur place devant Hachem. Or votre message montre qu’au fond de vous, la question du lien avec Hachem demeure présente.

Vous écrivez également que la seule chose qui vous reste est le fait de vivre en Israël. Je me permets de nuancer fortement votre formulation. Vivre en Erets Israël n’est pas « la seule chose » qui vous reste. Selon de nombreux Richonim, il s’agit d’une mitsva à part entière (1). Nos Sages ont exprimé à de nombreuses reprises la grandeur exceptionnelle de la vie en Erets Israël, allant jusqu’à affirmer que celui qui y réside est comparable à quelqu’un qui a un D.ieu, tandis que celui qui réside en dehors du pays est comparable à quelqu’un qui n’en a pas (2). Certes, cette mitsva ne dispense pas des autres mitsvot, mais il ne faut pas non plus la minimiser. Après quinze années passées en Israël malgré toutes les épreuves que vous décrivez, il serait injuste de présenter cela comme quelque chose de négligeable. C’est au contraire un lien fort et concret avec le peuple juif, avec la terre d’Israël et avec une mitsva dont de très grands maîtres ont souligné l’importance.

Je ne suis pas certain que la bonne question soit : « Suis-je un racha ? »

La question qui me semble ressortir de votre message est plutôt : « Après tout ce que j’ai traversé, comment puis-je reconstruire quelque chose ? »

Peut-être que, pour l’instant, il ne faut pas penser à retrouver d’un coup la totalité de la pratique que vous aviez autrefois. Peut-être faut-il simplement recommencer par un petit point de contact avec le judaïsme : une berakha dite avec sincérité, quelques minutes d’étude, une téfila, un office de temps en temps.

Nos Sages enseignent que « פתחו לי פתח כחודו של מחט ואני אפתח לכם פתח כפתחו של אולם » : « Ouvrez-Moi une ouverture de la taille du chas d’une aiguille et Je vous ouvrirai une ouverture comme celle du vestibule du Temple » (3).

Je ne connais pas votre histoire ni les souffrances auxquelles vous faites allusion. Mais je peux vous dire une chose : tant qu’une personne se pose encore ce genre de question, son histoire avec Hachem n’est probablement pas terminée.

Bon courage!

Sources :

(1) Ramban, Additions au Séfer HaMitsvot, mitsvat assé 4.

(2) Ketoubot 110b.

(3) Chir HaChirim Rabba 5:2.