Verser le vin

Geosa
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ven 25/11/2016 - 23:00

Shalom lecoulam,
Je vois qu'il n'y a aucune cheela sur le fait qu'un homme ne doit pas verser du vin à une femme étrangère, et vise versa
J'ai lu dans le livre du rav Mordehai Eliyahou que c'est interdit, mais ce n'est pas bien préciser (je n'ai que le kitsour) pouvez vous donner plus d'informations?
Merci d'avance
Shavoua tov

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Rav Sam Elikan
mer 15/02/2017 - 11:28

Shalom,

Je n'ai pas cherché sur le site, mais statistiquement, il devrait bien y avoir une question-réponse qui traite du sujet. ;-)

La source de cette loi est dans le Talmud de Jérusalem (Ketouvot chap. 5, hal. 6) où Rav Houna enseigne qu'il y a certaines choses qui sont intimes, entre l'homme et sa femme, et qu'il n'est pas permis de demander de faire à des domestiques, comme le fait d'enduire (de la baume) sur la peau (du mari), de laver ses pieds et de lui verser un verre. Le talmud demande alors si c'est parce que cela fait partie des devoirs conjugaux mutuels ou si c'est pour des raisons de pudeur relativement aux domestiques.

Le Rambam (hil. Issourei Bia 21,5) écrit :
"il est interdit "d'utiliser" à une femme (qui n'est pas la nôtre), tant enfant qu'adulte (cf. TB Kidoushin 70b), tant domestique que libre, pour ne pas en venir à avoir de pensées (interdites). Quel "usage" ("utilisation") est interdit ? Le fait de laver sa figure, ses mains et ses pieds, de faire son lit devant lui et de lui verser un verre, car ces choses là ne sont pas faites pour un homme par quelqu'un d'autre que sa femme".

Bref, c'est donc interdit.
Ces propos peuvent sembler quelque peu bizarres à nos oreilles occidentalisées et modernes.
On a de la peine à voir comment le fait de verser un verre peut avoir un effet "érotique".
Donc voici quelques "exceptions" rapportées par les décisionnaires.

Le Mordeh'i (Ketouvot §182) rapporte les propos de Rabbi Shemouel fils de Rabbi Barouh' affirmant que cette loi de Talmud de Jérusalem parle d'un cas de "yih'oud". C'est-à-dire qu'une femme serait seule avec un homme dans un endroit isolé et il y aurait dans ces comportements de quoi "exciter" les esprits...
Cet avis est tranché par le Rema (Even HaEzer 21,5). Cependant de nombreux décisionnaires n'hésitent pas à remettre cet avis en cause (cf. Shla et Be'er HaGola ad loc ; resp. H'atam Sofer YD § 349, etc.).

Quoi qu'il en soit, selon ce principe, le Ben Ish H'ai écrit (Od Yossef H'ai, par. Shofetim, §22) qu'un vieux rabbin auquel tout le monde embrasse la main ne doit pas l'enlever devant des femmes, elles peuvent lui embrasser la main, "car il y a une nécessité à cela selon les mœurs ("nimous") du monde et le bon usage ("dereh' eretz"), aucune pensée (interdite) ne viendra ni à l'un ni à l'autre". C'est à dire que dans un endroit public, dans un cadre "religieux", s'il n'y a pas de raison de suspecter des pensées interdites, il n'y a pas de raison d'interdire.

Ainsi, quelqu'un versant du kidoush à tous les convives assis autour de la table, y compris des femmes, selon cela, ne commettrait aucun interdit.

En effet, cet interdit ne s'applique pas qu'aux femmes versant du vin à des hommes, mais également à des hommes versant du vin à des femmes, tel que l'écrit le Ra'avad (rapporté par le Tour YD 195) au nom du Shei'ltot, car selon ce qui est énoncé dans "Masseh'et Kala" (traité d'enseignements rabbiniques datant de l'époque des Guéonim) - le fait qu'un homme verse un verre de vin (et d'alcool en général ?) à une femme pourrait "l'exciter".

D'autres éléments sont cités par les décisionnaires :
1. Le fait de verser le vin a deux phases - le fait de verser le vin dans le verre, devant la personne de sexe opposée (Mordeh'i) et le fait de le lui donner, le lui apporter (Hagahot Maimoniot au nom du Yireim). S'il manquait un de ces deux éléments - ce ne serait pas interdit.
2. Selon certains, il s'agit de mélanger du vin avec de l'eau, selon les désirata de l'autre qui serait problématique, en préparant "comme il/elle veut".
3. Le Rashba note qu'on ne parle que de vin et pas autre chose.

Bref, l'idée essentiel est de faire attention de ne pas trop s'approcher des gens de sexe opposé (c'est à dire quelqu'un qui n'est pas notre conjoint - mari/femme), afin de ne pas en venir à fauter.
Ces lois ont avant tout pour but de nous protéger et de créer des dynamiques et des relations saines entre les sexes, instaurant certaines distances que nos Sages ont jugé nécessaires.

Cordialement,