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Toubichvat veille de chabbat

Hassid148
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lun 19/12/2016 - 23:00
Comment procède t on au Seder de Toubishvat lorsque cela tombe un Vendredi Soir comme c le cas du prochain Toubishvat ? Merci
Rav Sam Elikan
ven 10/02/2017 - 00:08
Shalom,

A. Il n'y a aucun devoir de faire un "seder de tou-biShevat" et donc on peut très bien ne pas le faire...

B. Quoi qu'il en soit, si on veut tout de même le faire, on pourra soit avant le repas, après le kidoush, pour ajouter des bénédictions, soit en guise de dessert ou encore après le Birkat HaMazon. Pour de plus amples informations, merci de consulter le moteur de recherche, cette question a déjà été maintes fois traitées sur le site.

Essayons, en outre, de comprendre juste d'où provient cet usage de "séder".


Les origines de Tou BiShevat

La mishna dans le traité de Rosh Hashana (1,1) rapporte une discussion entre l’Ecole d’Hillel et celle de Shamaï quant à la détermination exacte du nouvel an de l’arbre.
En effet, la mishna nous enseigne que l'année juive a quatre jours de renouveau, de nouvel-an !

La date retenue par la halakha est celle proposée par l’Ecole d’Hillel, à savoir le 15 Shevat et non le 1er du même mois, tel que le proposait l’Ecole de Shamaï.
Toutefois, il est à noter que ce nouvel an ne constitue qu’un point de repère concernant la dîme des fruits : on n’est pas quitte de la dîme des fruits mûris après le 15 Shevat par des fruits qui ont mûri avant cette date (en réalité cela ne se limite pas uniquement aux troumot et ma’assrot (dîmes et autres prélèvements), mais influe aussi sur le décompte des années de l’arbre qui, à la différence du légume et autre végétal, ne commence pas au moment où on le plante (et dont le nouvel-an est en Tishrei), mais du moment où le fruit pousse, cela définira donc la ‘orla (interdiction de l’arbre jusqu’à sa troisième année) et influera sur certains interdits de la shevi’it, la shemita - la septième année durant laquelle il est interdit de travailler et vendre la terre et se fruits). Il s’agit plus d’une date à valeur « juridique » que d'une quelconque cérémonie. Il n’est fait mention nulle part dans les textes talmudiques d’un usage de consommer des fruits, ni de planter des arbres durant ce jour…

On a retrouvé (c’est le chercheur israélien Menah’em Zoulay qui fit cette découverte, rapporté dans l'article de Roland Goetschel, La célébration du nouvel an de l’arbre in Daat (A journal of Jewish Philosophy and Kabbalah) n°10, Bar-Ilan, 1983, pp. 39-49) il y a de cela quelques années dans la gueniza du Caire quelques poèmes surérogatoires récités ce jour-là à l’époque des Guéonim, certains chercheurs pensent par ailleurs que ceux-ci n’avaient laissé aucune trace par ailleurs (Cf. A. Yaari, Toledot Rosh Hashana La’Ilan in Mah’anayim, 1960, pp. 16-17).

En outre, la halakha stipule qu’en ce jour on ne récite pas de supplications (Tah’anoun), comme lors des autres jours de fêtes et de demi-fêtes. L’usage de consommer des fruits est également mentionné, cependant il semble être plus tardif (cf. Rav Shlomo Yossef Zévin, HaMoadim BaHalakha, Jérusalem, 1955, pp. 182-185).
D’aucuns précisent que cela n’est vérifié que pour les juifs ashkénazes (Rav Issachar Mordeh'ai ben-Shoushan (1510-1580), Tikoun Issachar, Constantinople, 1554, rééd. Sefer Ibour Shanim, Venise, 1579 rapporté par R. Goetschel, id.).


La Métamorphose : Tou BiShevat institutionnalisé comme "fête"

Le rituel de Tou Bishevat tel que nous le connaissons a été innové par le livre "H’emdat Yamim", ouvrage "anonyme" (?) semblant avoir été rédigé entre 1710 et 1730 et diffusé pour la première fois à Smyrne en 1731.

(Pour plus d'informations sur ce livre et son auteur présumé, cf. A. Yaari, "Taaloumat Sefer", éd. Mossad HaRav Kook, Jérusalem, 1954, surtout pp. 62-75 où il prouve qu'il s'agit de Rabbi Binyamin HaLévy, disciple de Rabbi H'yia Rofeh lui-même disciple de Rav H'ayim Vital (selon R' Aviad Sar-Shalom Basilla, à la fin du 23ème chapitre de son "Emounat H'ah'amim" publié à Mantoue en 1730).
Selon Yaari, la rédaction du livre fut achevée entre 1669 et 1670.
Le Rav Moshé Tzouriel (dans son introduction au H'emdat Yamim, éd. Yerid HaSefarim, Jérusalem, 2003) soutient, selon cela, que le livre fut publié petit à petit (puisqu'il s'agit quand même de quatre volumes sur les fêtes juives) et que la première publication datait de 1669.
Dans cette introduction du Rav Tzouriel est traitée la question de la valeur de ce livre et s'il est lié au mouvement de "sabbataïsme", comme certains rabbins et chercheurs (tel G. Sholem) l'ont affirmé.
D'autres affirment que l'auteur n'est autre que l'homme qui a publié le livre – le Rav Israël Elgazi ou encore qu'il s'agit d'un ouvrage collectif, d'aucuns affirment que les deux sont vrais, le Rav Elgazi serait à la fois, en partie l'auteur, cela se verrait dans le style de son écriture et dans le style des citations qui sont altérées et à la fois l'éditeur citant des propos d'autres rabbins.

Et ce, bien que certains affirment que cette coutume nous vient plutôt de Rabbi Moshé ben Israël H'aguiz qui avait reçu de son grand-père l'habitude de manger 15 fruits tout en récitant 15 chapitres de mishna (8 du traité de Péah, 3 de Bikourim et 4 de Rosh HaShana), tel que cela est rapporté dans le livre "Birkat Eliahou", du Rav Eliahou ben Yaakov d'Olinov, publié en 1728 à Weinzebach, p. 55a.

Quoi qu'il en soit, le texte du H'emdat Yamim parle de trente fruits qu’il faut manger en ce jour, chacun avec sa bénédiction.

Il rapporte également des textes du Zohar et du midrash accompagnant chaque fruit, parfois justifiant – surtout dans sa première partie – le sens de cette cérémonie. Dans ce livre apparaissent plusieurs motifs kabbalistiques relatifs à Tou Bishevat.

Pour résumer très brièvement, il s'agit de la réparation des mondes ("tikoun olamot"), tant par la bénédiction constituant la délivrance de l’étincelle Divine émanent en chaque fruit qui y était jusque là enfermée et qui permet de créer de nouveaux fruits ("nitzotzot"), que par le fait de manger dix fruits qui représentent dix "sefirot" (attributs) dans chacun des trois mondes (Ass’ya, Bri’ah, Yetzirah).

(Pour une explication plus approfondie de tous ces concepts, cf. A. Steinsaltz, La Rose aux treize pétales - Introduction à la Cabbale et au judaïsme, Albin Michel, 2002; G. Lahy, Dictionnaire encyclopédique de la Kabbale, éditions Lahy, 2005; Moshe Idel, Les chemins de la Kabbale, Albin Michel, 2000; Charles Mopsik, La Cabale, éd. J. Grancher, Paris, 1988; Rav Alexandre Safran, Sagesse de la kabbale, Paris, Stock, 1986).

Le thème de la réparation du désir de l’homme y est également particulièrement présent – tant au niveau de sa volonté de manger au propre comme au figuré (dans la sexualité, marquée par la sefira de Yesod dénommée « le Juste » ou « Fondement du monde » (cf. TB H'aguiga 12b), représentée par l’image de l’arbre des mondes (Sefer HaBahir, 102), de l’arc (Zohar Pinh'as 215a; cf. Likoutei Moharan I,42) ainsi que de la circoncision (Pardes Rimonim 16,5) exprimant « en sa polysémie la force génésique du divin et sur le plan éthique le thème d’une sexualité canalisée et maintenue dans les limites de la sainteté à laquelle correspond dans l’histoire des patriarches la figure de Joseph le Juste » (R. Goetschel, ibid.) ; cf. Sha’arei Orah du Rav Yossef Gikatilia, 1er portique et 9ème (où "yessod" est également appelé "paix" ("shalom") – cf. aussi Pardes Rimonim 7,3 "brit shalom") - Les portes de la lumière, traduction G. Lahy, éditions Lahy, 2001 ; G. Sholem, Les Origines de la Kabbale, Paris, 1966, pp. 78-91).

Cela est marqué par la période des Shovavim (littéralement « les réprouvés » (selon Jérémie 3,14 et id.,24), acrostiche des parashiot Shemot, Vaera, Bo, Beshalah’, Yitro, Mishpatim), hiver tant naturel que spirituel durant lequel beaucoup de malheurs et de décrets s’accomplissent, au niveau personnel surtout, qui demande un "tikoun" – une réparation pour nous ramener dans le domaine de la sainteté (cf. Sha'arei Orah, préc. cit., 10ème portique; Rav H'ayim Vital, Sha'arei Kedousha, Sha'ar Rouah' HaKodesh; Bnei Issachar, Shovavim, etc.).

On demande alors à D’ieu d’influer sur tous les mondes "de la bénédiction", par le mérite de nos bénédictions qu'on récite alors lors du "seder".

On se purifie et on demande à ce que nos fautes soient effacées, ce serait alors aussi cela Tou Bishevat, un rituel cathartique, de purification spirituelle !

Cela se termine sur une note messianique où "la germe pour David" n’est plus une prière pour la fécondité, mais bien la suite d’un processus universel de l’Histoire qui elle aussi connaît sa réparation – commencée à partir de la faute du fruit de l’arbre de la Connaissance, jusque aux temps messianiques où éclora le rameau d’Yishai (Jessé, père de David), symbole de l’ultime Délivrance.

Bref, par le biais su Sefer H'emdat Yamim, au 18ème siècle, dont l'identité est douteuse - Tou BiShevat s'est métamorphosé en "fête".
Le "Séder" revêtant une symbolique kabbalistique liée à la réparation du monde, au fait de se purifier et d'amener la bénédiction est alors "institué", selon certains, "inventé" selon d'autres. Voilà la source du "Séder de Tou BiShevat" !



Seconde métamorphose : Tou BiShevat en Israël

Il est certain que le symbolisme kabbalistique vécu dans cette cérémonie a permis la perpétuité de "Tou BiShevat" comme "temps marqué", voire remarque jusque aujourd'hui.

Toutefois, depuis la Création d’Israël, on pourrait dire que ce rituel a, d'une certaine manière, changé de forme : de nos jours, on plante des arbres. C'est ainsi qu'est généralement célébré Tou BiShevat dans les écoles en Israël, entre autres. Pour ma part, j'y vois là la métamorphose du "séder", dans le cadre du Retour d'Israël à sa terre.

Acte symbolique, s'il en est, de reconstruction, de renaissance, d'une vitalité perdue enfin retrouvée.
Mais il s’agit là plus que d’un simple acte de plantation, on y découvre un sentiment national d’amour et de dévotion envers la Terre d’Israël : ses commandements, ses paysages, ses fruits et pousses, son passé et son futur.

Etant donné qu’en exil (en dehors d'Israël) on ne pouvait accomplir presque aucun des commandements liés à la Terre d'Israël, alors il a fallu créer un rapport, un sens, plus sentimental, symbolique, spirituel, voire kabbalistique, comme vu, afin de le préserver la mémoire, d'éviter l'oubli de ce jour du 15 Shevat.

En Israël, toutefois, lorsque les juifs reviennent à leur "lieu naturel" (tel que le définit le Maharal de Prague, Netzah' Israël, chap. 1), ce rapport change.
On se relie à la Terre, corps et âme, tant physiquement que spirituellement, dans un rapport d’amour et d’obligation à la fois, par responsabilité. Ces deux aspects étant unis (cf. Rav A.I. HaKohen Kook, Orot Israël 1,8).

Il y a là une approche plus profonde qui se dévoile : notre amour d’Israël n’est pas uniquement lié au fait que nous ayons un territoire, cela n’est pas uniquement une place, un lieu, un endroit qui nous permet de vivre. Ce n’est pas uniquement une terre qui nous nourrit, ni un paysage qui nous ravit.
Certes, Israël est également cela, mais cette terre est beaucoup plus que cela...
Preuve en est, même lorsque nous n’y étions pas physiquement, Israël était en nous, spirituellement.
Ne prions-nous pas trois fois par jour pour notre retour et celui de la Gloire Divine à Sion, à Jérusalem ?

Notre lien à Israël n’est pas superficiel ou extérieur. Israël n’est pas un moyen, "idéal", de garder notre identité. Il s’agit d’un lien intime, intérieur, essentiel et on peut même dire ontologique, tel que le décrit le Rav Kook (id. 1,1) :

"La terre d’Israël n’est pas un élément extérieur, un acquis extérieur à la nation, un simple moyen visant au rassemblement général, au maintien physique ou même spirituel.
La terre d’Israël est une pièce essentielle, reliée par un lien de vie à la nation, enlacée à sa réalité par des capacités secrètes.
Et de ce fait il est impossible de conceptualiser le potentiel de sainteté de la terre d’Israël, ni d’exprimer ce qu’il y a au fond de l’affection qu’on lui porte, par aucune élucubration de l’esprit rationnel, mais seulement par l’esprit divin qui inspire la nation dans sa collectivité, par la spiritualité naturelle qui est la marque de l’âme d’Israël. Celle-ci projette ses lignes aux couleurs naturelles dans toutes les voies de la sensibilité saine, et elle brille de sa lueur sublime, à la mesure de l’inspiration supérieure qui remplit de vie et de bien-être suprême le cœur des hommes aux idées saintes, dont la pensée est profondément identifiée à Israël.

La conception selon laquelle la terre d’Israël n’est qu’un facteur extérieur pour assurer le regroupement de la nation, même quand son intention est de renforcer la conscience juive en exil, de préserver son caractère et de fortifier la foi, la crainte de Dieu et la pratique des mitsvot de manière convenable, ne porte pas de fruit durable, car ce fondement est fragile, comparé à la sainteté vigoureuse de la terre d’Israël.
Le vrai renforcement de la conscience juive en exil ne viendra que de son ancrage profond à la terre d’Israël, c’est toujours l’espoir de la terre d’Israël qui lui donnera son caractère propre. L’attente de la Délivrance est ce qui maintient le judaïsme de l’exil, alors que le judaïsme de la terre d’Israël, c’est la Délivrance elle-même".

Tou Bishevat en Israël a pris un essor national ; les arbres qui se réveillent de l’hiver ne correspondent plus à l’homme qui se réveille de ses fautes, mais à la Nation entière qui se réveille de l’Exil et à l'homme qui se renoue avec la nature.

Cordialement,