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Qui est Chech Arsac?

jerem05
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ven 03/02/2017 - 23:00

Bonjour,
Pourquoi Rashi dit que Chech Arsac est Daniel alors que Ezra 1:8 dit qu'il est prince de Yehouda? Ça semblerait plutôt être Zorobabel non?
Merci

Nathan Schwob
dim 16/04/2017 - 00:54

Logiquement vous avez raison puisque nous savons que Chechbatsar (ששבצר) était prince de Yehouda , appelé aussi Pacha (Ezra 5,14) et qu'il posa les fondations du second Temple de Jérusalem. Par ailleurs nous savons que Zeroubavel était Pacha de Yehouda (H'agay 1,1), qu'il construisit le second Temple (H'agay 1,14 et Ezra 5,1-2) et même en posa les fondations (Zekharya 4,9). Donc 1+1 font 2 !! C'est aussi l'avis des commentateurs classiques (R. Avraham Iben Ezra voir son commentaire sur Daniel 6,29 , Metsoudot, Ralbag)

Mais voilà cette identification pose problème lorsqu'on arrive au Ch.5 d'Ezra V.1-17 où l'on trouve Zeroubavel construisant le Temple, viennent les opposant perses qui envoient une missive à Darius en citant Chechbazar dans le passé. Il s'agit donc de deux personnes différentes. Tel est l'avis des commentateurs modernes qui préfèrent identifier Chechbatsar avec Chenatsar fils de Yehoyakhin qui est cité dans Chroniques 1-3-18 (Daat Mikra - Ezra 1,8 - Mordechay ZerKavod). Il serait alors l'oncle de Zeroubavel.

Pour R. Avraham Iben Ezra le nom Chechbatsar est l'équivalent chaldéen de l'hébreu Zeroubavel. Il faudrait donc expliquer que Zeroubavel est appelé Chechbatsar dans les contextes de l'époque de Cyrus et Zeroubavel plus tard. Chechbatsar-Zeroubavel fut donc celui qui commença et termina la construction du second Temple, malgré l'arrêt des travaux, mais surtout, il n'y aurait eu qu'une Alya à l'époque de Cyrus (Koresh), sans parler ici de la Alya au temps d'Ezra.
Pour les modernes, par contre, il y a eu deux vagues d'Alya. La première avec Chechbatsar, la seconde avec Zeroubavel.

Quoi qu'il en soit, il faut remarquer que Cyrus a remis la mission de reconstruire le Temple ainsi que les vases sacrés entre les mains du dirigeant politique des exilés de Yehouda et non pas entre les mains du grand prêtre Yehochoua représentant du pouvoir religieux. Que les intentions de Cyrus eut été de reconstruire un culte d'État qui le soutiendrait ou simplement de transmettre ses volontés au pouvoir exécutif, on peut comprendre que cette délégation n'ait pas plu aux yeux des prêtres, de Yehochoua le Grand Prêtre en particulier et aux yeux de tous ceux qui voulaient reconstruire le Temple sur des bases religieuses épurées des erreurs du premier Temple. Il s'ensuivit une tension entre le pouvoir séculaire et le pouvoir religieux dont vous trouverez une analyse forte intéressante dans l'Histoire Biblique du Peuple d'Israël, André et Renée Neher, p.595. Dans ce cadre, l'avis des modernes ne peut que mettre en valeur ces tensions.

Il est en tout cas remarquable de constater la similitude entre les évènements du retour du premier exil et ceux du retour du second exil dont nous sommes les contemporains: les différentes vagues d'Alya, les premières très pauvres et les suivantes plus aisée, la majorité qui ne se bouge pas, les tensions entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux, l'assimilation, les mariages mixtes, le judaïsme superficiel de certains et les oppositions des peuples voisins. De quoi trouver inspiration pour notre génération.

Passons à Chechbatsar-Daniel. Rachi rapporte l'avis de nos sages (Psikta Rabati 6-3 recopié dans Yalkout Chimoni Ezra 1068-5) : Daniel est appelé Chechbatsar, nom composé du mot "Chech=six" et des mots "Batsar=dans les souffrances" en rappel des six épreuves douloureuses que Daniel subit dans sa vie et qui sont énumérées dans le Midrach.
R. Avraham Iben Ezra (Daniel 1,4) s'oppose catégoriquement à cette identification ne serait-ce que pour des raisons d'âge : selon son calcul, Daniel-Chechbatsar aurait plus de 104 ans !

Est-ce que l'avis de nos sages est aussi historique ou bien visent-ils uniquement à nous enseigner leur vision morale de l'Histoire ? (Ce n'est pas la première personne que nos sages font traverser l'histoire. Voyez par exemple Og, Serah', Pinh'as, Mordekhay). Sans rentrer dans cette discussion lisons ce que la Psikta rajoute et que Rachi ne cite pas : "D-ieu dit à Daniel: autrefois tu as été plein de zèle comme premier ministre pour garder les intérêt de rois humains malgré les difficultés dues à tes visions, il est temps que tu gardes les intérêts divins en t'occupant de Mon Temple" (en traduction libre).
Il y a ici une compensation. Daniel a été exilé parmi l'élite de Yehouda avec Yehoyakhin. Il était de la famille royale (Daniel 1,3) et à un niveau spirituel proche de la prophétie. Il aurait pu être un des dirigeants politique et spirituel du peuple juif dans la génération suivante si ce n'était l'exil de Babylonie qu'il a dû souffrir et qu'il ne méritait pas personnellement. Nos sages nous enseignent ici que la justice divine a donné à ce Tsadiq ce qui lui revenait au niveau personnel, malgré les remous de l'histoire générale de son peuple.
Mais il y peut être plus. Les sages du Midrach nous enseignent que D-ieu choisi de nommer la personne adéquate aux postes clés de l'histoire de Son peuple. À leurs yeux, c'est la personne qui a déjà fait ses preuves par sa propre initiative, ce que dit le Midrach à propos de Daniel.
En poussant l'idée plus loin, nous voyons ici que nos sages ont exprimé leur jugement sur ce qu'aurait dû être l'autorité au retour de l'exil. Il aurait fallu un type de l'envergure de Daniel, un dirigeant temporel et un guide spirituel, qui unifierait la crainte et l'amour de D-ieu à la capacité de reconstruire le pays, en suivant les valeurs spirituelles de la Thora et des Mitsvot. Le texte ne nous dit pas si Chechbatsar-Daniel avait cette carrure, mais il nous laisse la description d'une génération qui ne l'a pas suivi. Une génération vivant un conflit politique et religieux, une génération ou les plus religieux ne sont pas ceux qui ont pris sur eux de donner le ton à la reconstruction.
Bizarrement déjà vu…